Ensemble on danse | 2017

 

ENSEMBLE ON DANSE ! est un projet de médiation culturelle invitant des personnes aux prises avec une fragilité psychologique à créer six mouvements pour l’écran, en s’inspirant d’une oeuvre de la collection du Musée des Beaux-Arts de Montréal. Ils sont guidés dans cette aventure par le chorégraphe Paul-André Fortier, assisté de Sarah Dell’Ava. Ce projet est propulsé par Circuit-Est Centre chorégraphique, en partenariat avec le Centre d’Apprentissage Parralèle et le Musée des Beaux-Arts. À la technique : Alexandre Larrègle. Derrière les caméras : Xavier Curnillon. Merci spécial à Cynthia D.Konza pour tous les détails essentiels.

Vidéos pendant le processus (par Claudia Chan Tak)

Suivez le blogue du projet, avec les vidéos de Claudia Chan Tak et les chroniques de Maud-Mazo Rothenbühler  : https://ensembleondanse.com

 

Quelques images en répétition…

 

Et pendant les tournages…

 

J’aimerais parler des danses qui ont été créées par les participants pendant le projet de médiation artistique « Ensemble On Danse ». Le processus a laissé émerger des danses inusitées. Des danses que je n’ai jamais vues ailleurs ni auparavant. Des danses fraîchement sorties des corps, imaginaires, âmes et sensibilités de Karen, Kenza, Mathieu, Brigitte, Alana, Annie, Yvon, Marie-Claude, Jean-Sébastien, Marie-Claude, Kim, Rodolph, Sébastien. J’avais envie de poser quelques mots pour souligner l’étrange beauté de ces danses et les sensations qu’elles ont provoqué en moi.

…Un être repose contre le mur. Son souffle, tranquille. Ses mains se posent si délicatement sur le sol. Une avancée à petit pas, du bout des doigts :  le souffle s’accélère. Je me rappelle les loups de mer qui trottinent gaiement sur la plage, entre deux plongées dans l’eau. Je suis saisie par la poésie de cette image qui revient de mes souvenirs d’enfance.

 

…Un cri entouré de lèvres roses. Un ciel étoilé sur les jambes, jambes tremblantes, jambes qui avancent, torsadent, roulent. Haut du corps et bas du corps, bouche et pieds : me parlent autant de la blessure que de la vitalité.

 

…Des doigts, une langue et des yeux… perçants, piquant, épicés. Un regard qui goûte le curry, les mains comme des épingles, la langue comme un couteau affûté… un personnage qui transmet un rire, un rire d’au-delà des temps. Un fou rire me prend : qu’il est bon d’OSER !  

 

…Une femme danse sa fureur. Une femme danse sa douceur. Se perdre dans le doux, jusqu’à en oublier l’espace, le temps, la vision. Une femme qui s’abandonne à la tendresse, qui se détend comme un jeune animal, qui s’apaise dans un édredon de fourrure.

 

…Ce sont des gestes fins, des gestes de conte de fée, des gestes qui racontent une histoire unique. Des gestes qui se répètent, qui se doublent, qui se dédoublent. Des gestes subtils perdus dans une grande robe noire, des gestes comme des pensées subtiles perdues dans la robe noire de l’esprit.

 

…Fuir les satyres ? Une vraie joke, ces satyres… Il suffit de pousser un mur avec vigueur, de tomber au sol lentement, de rouler et de regarder partout : elles ont disparu, Hourra !

 

…Deux mains sur un coeur. Deux mains sur un ventre. Deux mains et un visage qui se crispent et qui s’ouvrent. Chaque mouvement comme un concentré de symboles. Un amour infini transmis par des gestes purs. Je goûte à la danse comme offrande.  

 

…Une liberté de danser qui n’en finit pas. Le rythme sous la peau s’active avec le plaisir du groove. Je me souviens de soirées tourbillonnantes à danser sans m’arrêter, comme si la nuit allait durer toute la vie et le mouvement jamais se fatiguer.

 

…Un ivrogne qui devient oiseau. Le désir de s’affranchir de ce qui est poids. La grâce du vent, celle de la chute et des relevailles. Une danse qui me rappelle à mon désir d’émancipation, à ma soif de liberté d’être qui je suis.

 

…Une scène vieille de centaines d’années. Les fagots de bois, la cuisine, la soupe, la chaleur du feu, l’ivresse, le repos. Une vie peut-elle tenir aux creux d’une main, entre les plissements des doigts ? Tenir la vie fragile et mystérieuse entre ses mains : mon travail au jour le jour.

 

…Des mouvements fluides et torsadés. Un visage confiant dans chaque geste. Et cette paix qui se maintient même lorsque son partenaire tient sa langue et son rire à deux millimètres de ses yeux. Impassible, elle reste là.  Ce moment me ramène au ravissement de jouer entre amis, dans une confiance sans borne.  

 

…Des gestes d’une fluidité étonnante. De haut en bas, de bas en haut, des bras qui s’élancent dans l’espace. Des tourbillons et des soubresauts. Et ce regard qui jusqu’alors, était caché sous les paupières : lors de la dernière danse, je vois deux yeux apparaître et danser. Regard franc, brillant, ouvert. Je tombe à la renverse.

 

… Bras grand ouvert, tendu, étiré. Bouche grande ouverte, tendue, étirée. Nous étions écartelés dans l’espace par cette position. Un instantané d’une seule seconde, étirée pendant trente merveilleuses minutes. Avec les mains, les doigts, les bouches, nous avons chanté des chants inconnus. D’oiseaux, de sirènes, d’émerveillés.  Je crois avoir entendu le chant de nos deux âmes qui riaient ensemble.