O2 | 2020

Le projet « O2 » poursuit le polyptyque ORIRI-ORIR-ORI-OR-O (2013-2020).

Dehors, sur une place circulaire, un groupe de performeurs âgés de 3 à 85 ans évolue entre courses, tourbillons, caresses, murmures et chants. O2 est un ode à  l’oxygène qui nous entoure et nous fait vivre. C’est une danse festive pour célébrer la respiration qui nous accompagne, du premier au dernier souffle.

O2 offre une danse structurée et improvisée, faite de gestes bruts, non-prémédités, spontanés, vibrants d’authenticité. Il s’agit ici d’un art de la présence à soi, à l’autre et à l’environnement. Une communication et une communion accrue entre les êtres, de différentes cultures, métiers et générations. Les 60 personnes dialoguent par le geste, explorent, se touchent : l’être-ensemble s’expérimente concrètement et les liens créés acquièrent une dimension mystique.

La partition chorégraphique dure entre 1h15 et 2h, selon les enchaînements, et est répétée inlassablement du lever au coucher du soleil. La performance dure donc de 8h à 14h selon les saisons où elle est dansée. O est un ode à la nature, au cycle naturel de la vie, de l’enfance à la vieillesse, du lever au coucher… du soleil, comme de l’humain.

Le voisinage de la place choisie est sollicité – à travers les associations et cafés du quartier  – à participer à la dimension musicale de l’œuvre. Les personnes musiciennes pourront  apporter leurs instruments et accompagner les danseurs en direct. La sensibilité du voisinage teintera donc l’œuvre, pouvant aller d’un chant country à la guitare, à une chanson punk rock, ou encore une improvisation libre au violon et maracas !

 

Sur la place.
Plusieurs sont là.
En cercle se tiennent la main.
S’offrent au ciel bleu.
S’animent.
Les voitures passent.
Un coup d’oeil par la fenêtre, sourient, démarrent.
Leurs mains se touchent.
Les mains se délient.
Marchent sur la place.
L’espace s’ouvre.
L’oeil se ferme.
Le corps s’ouvre.
Ça danse.
 
C’est la pleine ville et partout il fait silence.
Corps de silences.
Danser « se » danse.
Pourquoi tu danses ?
Pour absorber la vie.
 
Il commencent à tourner.
Le Corps tourne.
Orbites, cycles, cercles, rondes.
Plus rien ne peut arrêter le courant qui coule.
Même le béton n’arrête plus la vie.
Tout s’écoule.
 
Il n’y a pas de fin. Cela a commencé et cela ne s’arrêtera jamais.
Lente transformation des atomes.
De plus en plus vivants.
 
Ils dansent comme des étoiles de mer, tentacules, poulpes, élastiques.
Se joignent, se rejoignent, se dé-joignent.
 
Qui êtes-vous, soleil des prés, miel des roches ?
Vous êtes vous, toi et moi,
Vous être la vie tourbillonnante.
 
Étendus sur le rocher du sol.
Peut-on dormir ainsi, dans la jungle urbaine ?
Le repos est-il permis aux gens du silence ?
Le repos est-il permis au courant de la rivière ?
 
La vie : un mouvement et un repos.
 
Peux-tu reposer ?
Et si le repos était : mouvement ?
Le mouvement est-il son propre repos ?
 
Ils n’osent pas toujours aller vers l’autre, vers l’inconnu qu’est l’autre. Bientôt ils n’auront plus peur de l’Ouvert.
 
Un tout petit bébé regarde cela de ses grands yeux.
Ils sautent soudain sur place, un passant dit : « on dirait qu’ils essaient de pogner des mouches !!! »
Ils essaient de pogner quoi, au juste, en dansant ?
De pogner la grande vie ?
La prendre, la boire, la vivre, l’absorber, la laisser glisser entre leurs doigts.
Car la grande vie ne se possède pas.
Elle passe.
 
Ils sautent encore.
Sautent encore.
Elle rebondit dans le béton du ciel.
Et maintenant qu’attendent-ils ?
Quand le flux reviendra-t-il ?
 
Ils ont commencé à rire et à danser si vite qu’on ne les a plus vus, un instant. Se cherchent du regard, se trouvent, se dansent à deux. La petite fille tire la grande fille. Ce ne sont plus elles qui dansent. Ce sont leurs sourires.
 
Peut-être que seule la joie, en fait, danse.
Le Corps n’est plus que Joie Blanche.
Soleil d’été.
Les sourires dansent.
 
Et cette dame qui tient un enfant dans les bras pendant qu’elle danse.
Le sourire, le silence, le bleu du ciel les dansent.
 
S’enlaceront-ils jusqu’à la fin des temps ?
Il n’y a rien qui reste, qui stagne, qui s’immobilise.
Toujours en mouvement, le Corps n’est que Mobilité.
 
Il n’osent pas encore se toucher longtemps. Bientôt, ils sauront. Il n’auront plus peur du Temps.
 
Cette danse vibre d’atomes étranges.
Étrange ouverture que ces atomes de vibration.
 
Ils n’osent pas beaucoup aller vers la route. Bientôt ils n’auront plus peur de l’Espace.
 
Il ne dansent que dans le Silence des souffles, des sourires, des mots secrets du coeur.
 
Ce matin c’est le silence qui trace l’espace.
Tu danses, toi, en te promenant ?
Tu ouvres le champ de la vie, en marchant ?
 
« Je ressens cette énergie jusqu’ici », dit l’homme depuis sa voiture immense.
 
Chute la tête sur le coeur d’un autre.
Maintenant ils rient plus que tout.
Leur rire fend l’air jusqu’au bleu ciel.
Fend les moteurs.
Fend le coeur des passants
Fend même la carapace des corps.
 
La Brèche danse.